Publié le 06/07/2020

Nuances de bleu
entre deux îles

De la pointe de la Corse au nord de la Sardaigne, la journaliste Alice Cavanagh et le photographe Benjamin Loyseau empruntent la route vers le sud qui dévoile de beaux produits, une longue série de traditions familiales, et l’infinie tentation des eaux bleues scintillantes toujours à l’horizon.

Nuances de bleu|entre deux îles

La plage du Petit Spérone au sud de la Corse

De la pointe de la Corse au nord de la Sardaigne, la journaliste Alice Cavanagh et le photographe Benjamin Loyseau empruntent la route vers le sud qui dévoile de beaux produits, une longue série de traditions familiales, et l’infinie tentation des eaux bleues scintillantes toujours à l’horizon.

Notre avion descend à travers les nuages, et la terre apparaît, les chaînes de montagnes majestueuses ponctuées d’affleurements de granit aux couleurs vives. La vue s’étire jusqu’au Cap Corse, un littoral flanqué de falaises spectaculaires et d’un horizon brumeux qui semble chargé en sel.

La première étape de notre voyage est La Villa Calvi, installée sur les hauteurs avec vue plongeante sur la ville, et sur la mer dans toutes les directions. Ici, au nord de la Corse, partout où le regard se pose, les montagnes rejoignent la mer. Par temps clair, les pitons rocheux passent au soleil couchant du gris-bleu aux roses et aux rouges les plus chauds, étincelants dans cette lumière déclinante.
 

La piscine privée d’une des villas de La Villa Calvi

La vue à couper le souffle depuis la piscine de La Villa Calvi
 


Marie et Antoine Pinelli, La Villa Calvi

Marie et Antoine Pinelli travaillent avec leurs parents à l’hôtel familial. « Nous avons passé notre vie entière ici. À notre naissance, il n’y avait que de la végétation, et maintenant nous pouvons voir tout ce qui a été ajouté, comme la piscine ou la piste d’atterrissage pour hélicoptère », disent le frère et la soeur de La Villa Calvi, créée par leur père en 1992. « Nous travaillerons toujours ici, c’est la famille, et c’est la Corse. »



Nous sommes arrivés alors que l’été commence à peine. L'île se réveille tranquillement. La journée est agréablement chaude, mais quand arrive le crépuscule, une brise fraîche chasse la chaleur devenue pesante. Ce soir-là, nous sommes assis au bord de la piscine pour goûter les pâtes fraîches au homard - une spécialité de la maison - et le rosé de Pauline, un rosé local si pâle qu’il est plus doré que rose.

Le lendemain, la vue des murailles de la forteresse de Calvi nous invite à aller explorer la ville. La citadelle remonte au XIVe siècle, et l’on dit que Christophe Colomb y serait né. À l'époque, la Corse éatit sous souveraineté génoise. Elle n'est française que depuis le XVIIIe siècle. Dans la vieille ville, une poignée de visiteurs traîne autour des anciens remparts, s’arrêtant brièvement pour admirer la vue sur l’étendue bleue qui s'étire aussi loin que porte le regard. 
 

Vue du port de Calvi depuis la citadelle
La plage du Petit Spérone


Après avoir préparé nos bagages, nous roulons ensuite environ 15 minutes jusqu’à La Signoria & Spa, hôtel de charme dans la campagne et propriété de Jean-Baptiste Ceccaldi. Issu d'une longue lignée d'hôteliers, il est tombé amoureux de cette maison, à l'origine un manoir du XVIIIe siècle appartenant à une famille noble qui y cultivait la vigne (le vignoble a aujourd'hui disparu). 

L’hôtel est situé au milieu d’une oasis de palmiers et de jardins verdoyants. Il est facile d’imaginer que les hôtes viennent ici pour oublier le reste du monde. Ils viennent aussi pour la table, bien sûr. Alexandre Fabris, le chef bourguignon, travaille avec les producteurs locaux pour trouver les ingrédients les plus frais, qu’ils viennent de la terre ou de la mer. La salade de tomates anciennes explose de saveurs herbacées, et le pain croustillant m'invite à ne pas perdre une goutte de leur jus. 
 

Les couleurs de terre des murs de La Signoria & Spa



« Mes parents ont été des pionniers de l’hôtellerie ici. Nous sommes cinq frères et soeur, quatre garçons et une fille, et quand nous avons terminé nos études, ils ont commencé à acheter des propriétés pour que chaque enfant puisse avoir son propre petit hôtel », explique Jean-Baptiste quant à ses débuts dans le métier. « Nous travaillons tous ensemble, c’était un projet familial. »

Jean-Baptiste Ceccaldi, propriétaire de La Signoria & Spa




Nous prenons congé à regret : nous nous dirigeons vers le sud, vers Porto-Vecchio, pour le chapitre suivant de notre voyage. La route est bordée de forêts d’eucalyptus, de pins et de ce maquis qui donne à la Corse son parfum enivrant. Nous traversons des vallées et passons des champs d’oliviers au tronc tordu par l'âge, des pâturages parsemés de bottes de foin qui attrapent la lumière de fin d’après-midi.

Nous nous dirigeons vers Cala Rossa, la péninsule juste avant la très courue Porto-Vecchio. Notre destination est le Grand Hôtel de Cala Rossa, situé hors des sentiers battus sur une péninsule qui semble coupée du reste du monde. L'hôtel existe depuis les années 1960, mais il a acquis son statut légendaire après avoir été repris par Toussaint Canarelli dans les années 1970.
 

Le bar de plage du Grand Hôtel de Cala Rossa
Le bar de l’hôtel surplombe une plage isolée dont les eaux azur s’étendent jusqu’à Porto-Vecchio



En 2017, Toussaint Canarelli a transmis l’hôtel à ses enfants, Paul, Lise et Hélène. Tous trois apportent cette touche de modernité à l’hôtel tout en en préservant l’histoire. « Au fil du temps, nous avons compris que même si certains endroits peuvent ressembler à un patchwork, cela fait partie du charme de l’hôtel et de ce que nos hôtes aiment », dit Lise. « Si nous changeons tout, nous le perdrons. C’est ce qui raconte l’histoire de l’hôtel. »

Lise et Hélène Canarelli, Grand Hôtel de Cala Rossa & Spa


Il s’agit plus d’une grande maison de famille que d’un hôtel, dans laquelle vous pouvez déambuler pieds nus et où les endroits où se blottir pour lire un livre ou savourer un cocktail sont nombreux. Entouré de jardins qui vibrent du chant des oiseaux, l'hôtel bénéficie d'un bout de plage de sable blanc privé, et de presque partout l'on peut voir la baie scintiller sous le soleil. Les membres du personnel sont comme une famille, ici depuis plus de 20 ans pour certains. Ce sentiment de forte loyauté est encouragé par les enfants du fondateur, Paul, Lise et Hélène, qui sont maintenant aux commandes.

Le lendemain, nous sommes en train de prendre le soleil sur la jetée lorsqu’un pêcheur local arrive avec la pêche du jour. Le chef de l’hôtel, Pascal Cayeux, examine l’offre. Il y a des crabes, des homards ainsi que des poissons locaux tels que le denti, la mostelle ou le corb et une poignée de poissons plus petits dont Pascal Cayeux fera une soupe, s’adaptant comme chaque jour à ce que la nature fournit.
 

Tous les matins, les bateaux apportent la pêche du jour au chef du Grand Hôtel de Cala Rossa


Ce soir-là, nous dînons au restaurant gastronomique, La Table. Nous goûtons un tartare de langoustines succulent, servi avec les premières figues de la saison cueillies dans le jardin situé à quelques centaines de mètres de là. Le potager est l’œuvre de Philippe Niez, qui a planté une grande variété d’herbes aromatiques, de salades, d’aubergines, de tomates et de fruits d’été comme des framboises et des fraises.

La baie nous attire de ses nuances clignotantes de turquoise, bleu céruléen et azur. Les habitants parlent de la plage de Palombaggia comme d'une légende. Nous nous y rendons en bateau. En approchant, il nous semble que nous pourrions aussi bien être en Polynésie française, les bleus les plus sublimes contrastant avec le plus blanc des sables. 

Nous marchons dans l’eau jusqu’au rivage, entourés de bruits d'été - des enfants qui s'éclaboussent et rient dans les eaux peu profondes et le bourdonnement du soleil de midi. Après la baignade, nous nous dirigeons vers les collines pour déjeuner aux Bergeries de Palombaggia, où le chef Jean-Jacques Gauthier réalise avec une grande facilité des plats à base de fruits de mer.
 

Cet hôtel discret surplombe la plage de Palombaggia, l'une des plus belles d'Europe.
La vue depuis la piscine des Bergeries de Palombaggia.


Le lendemain matin, nous nous levons tôt pour prendre le ferry pour la Sardaigne. Nous avons à peine le temps de jeter un coup d’œil à la ville de Bonifacio - une prouesse d'architecture médiévale perchée en haut des falaises -, mais nous l’admirons depuis le pont alors que nous quittons la France pour l’Italie.

« La baie nous attire de ses nuances clignotantes de turquoise, bleu céruléen et azur ». 

Bien que seulement 11km séparent Santa Teresa di Gallura et Bonifacio, il saute aux yeux que nous sommes dans un pays différent. Le terrain est plus aride, plus rocailleux, plus plat, et les couleurs sont plus chaudes. Nous roulons pendant 45 minutes à travers la Gallura au nord, et arrivons à San Pantaleo, un charmant village où s’éparpillent les boutiques d’artisanat et de vêtements chics. Il y a ce jour-là un festival de chant et les habitants sont en tenue d’apparat. San Pantaleo n’est qu’à cinq minutes de notre destination finale, Petra Segreta Resort & Spa, une immense maison de campagne avec une vue sur la Côte d’Émeraude qui porte jusqu’à l’archipel de la Maddalena.
 

Au loin, le village de San Pantaleo en Sardaigne
Rosella Marchese, une moitié du duo aux commandes de Petra Segreta


L’hôtel est dirigé par un couple, Luigi et Rosella, qui ont quitté Rome il y a presque 20 ans: "nous venions ici l'été pour les vacances, et nous adorions cette atmosphère de dolce vita. La vie y est plus simple". Luigi tient une ferme où il cultive des légumes bio, élève des chèvres, des cochons, des poulets et des oies. Ici, ils font leur propre ricotta fraîche au lait de chèvre qui se retrouve dans les assiettes au restaurant, dans les raviolis maison aux épinards.

Le lendemain, la table du petit déjeuner ploie sous les pâtisseries fraîches, les confitures, les fruits et le fromage frais. Nous nous en délectons avant de prendre la route jusqu’au ferry du retour. C’est un jour nuageux et la mer, qui étincelait sous le soleil, a maintenant revêtu un voile gris. 
 

Un refuge construit dans la pierre, en Sardaigne


Le temps que nous rejoignions Bonifacio, le soleil est ressorti. Nous décidons de nous octroyer une dernière baignade avant de nous diriger vers l’aéroport. On nous a parlé de deux plages mythiques, Grand Spérone et Petit Spérone. Les gens du cru hésitent avant de nous indiquer leur direction, comme s'ils regrettaient de révéler un secret. Spérone n’est qu’à 15 minutes de route de la ville, au bout d’une route sans issue. C’est calme à la première plage, une étroite bande de sable, et nous décidons de marcher 20 minutes de plus à travers les broussailles jusqu'au cap et Petit Spérone.
 


Lorsque nous l'atteignons, la couleur de l’eau me coupe le souffle. Ce bleu est ce qui me fait tenir d’octobre à juin chaque année, jusqu’à ce que l’été revienne.

 

AVANT DE PARTIR
Assurez-vous de lire Granite Island : A Portrait of Corsica, de Dorothy Carrington, publié en 1971. Il capte l’esprit et l’histoire à la fois de l’île et de ses habitants, fiers et souvent secrets, de manière très poétique.

PARLEZ-VOUS CORSE ?
Séparés par un petit bras de mer, les Sardes du nord-est de l’île et les Corses du sud partagent le même dialecte, le gallurese. Cette langue qui fait la transition entre les deux régions se serait formée au début du XVe siècle.

 

 


INFORMATIONS


La Villa Calvi, Calvi, France
La Signoria & Spa, Calvi, France
Grand Hôtel de Cala Rossa & Spa, Lecci de Porto-Vecchio, France
Les Bergeries de Palombaggia, Porto Vecchio, France
Petra Segreta Resort & Spa, San Pantaleo-Olbia, Italie










 

 
Articles connexes dans notre magazine
À la recherche du bonheur| dans la Forêt-Noire
À la recherche du bonheur
dans la Forêt-Noire
Cliquez ici pour lire
Et le ciel épousait la mer
Et le ciel épousait la mer
Cliquez ici pour lire