Publié le 03/02/2020

Nord-est américain,
la vague à l’âme

Lorsqu’on regarde la carte de la Nouvelle-Angleterre, elle décèle, à qui regarde de près, quelques cailloux blancs magiques, sorte de code secret pour initiés : les Relais & Châteaux de la côte est. La collection est pertinente, parfois cosy et silencieuse, d'autres fois glorieuse et iconique.

Nord-est américain,|la vague à l’âme

Camden Harbour Inn, au-dessus du port de Penobscop dans le golfe du Maine

Lorsqu’on regarde la carte de la Nouvelle-Angleterre, elle décèle, à qui regarde de près, quelques cailloux blancs magiques, sorte de code secret pour initiés : les Relais & Châteaux de la côte est. La collection est pertinente, parfois cosy et silencieuse, d'autres fois glorieuse et iconique.

Blair Hill Inn et son luxe apaisé

Vue paisible sur le lac Moosehead


Ruth et Daniel McLaughlin étaient dans l’informatique à Chicago lorqu’ils tombèrent amoureux de cette demeure essoufflée. « Devant la vue magnifique, le site fabuleux et cette maison magique, nous avions décidé de poursuivre notre rêve : posséder et animer une véritable auberge. Chaque espace aura été revu, refaçonné : le porche de l’entrée, la véranda, les cuisines, les salles de bain ; nous n’avions pas de fortune personnelle, seulement l’obstination et le plaisir de faire mieux. »



Dès l’entrée, vous sentirez tout de suite l’âme d’une maison, le souffle d’une passion qui lentement, obstinément, accoucha de dix chambres au luxe doux et profond. Le silence est ici moelleux et intime. Il est traversé de musiques discrètes, pianotées ; des odeurs de brioche chaude. Voici une demeure enveloppante comme un plaid, apaisante comme un livre. Elle étire, allonge et incite à ne rien faire. Peut-être marcher parmi les arbres, les sentiers.  Les prairies craquent sous le pied comme une tendre meringue. Les nourritures, ici, ont ce même reflet grâce au talent du chef Michael MacDonnell. Elles travaillent comme on ponce un bois, et fonctionnent à l’application autour de produits de pays (cochon, volaille, homard du Maine). L’accueil de Ruth a la simplicité chaleureuse des scrupuleux et c’est un plaisir communicatif de voir Dan sortir d’une séance de jardinage ou d’aménagement des nombreux bâtiments.

Le Menton, à Boston, la Riviera façon côte est

Le restaurant est situé dans Fort Point, South Boston


À Boston, aujourd’hui, la ville est en fête. On y célèbre les jeunes diplômés, on se congratule, la vie est d'une rare intensité joyeuse. La célébration se fait ce soir au restaurant Menton. La salle est vaste, ample, joue sur les bétons lissés, le minéral et ses à-plats de gris façon Dior.

La carte élaborée par Lucas Sousa sous la houlette de Barbara Lynch, chef propriétaire, se veut décomplexée. Elle se revendique de Menton, exprime la Riviera, avec des penchants frenchies (les escargots, le foie gras sur du pain perdu) et les tropismes italiens comme la burrata aux asperges et parmesan ou encore ces spaghettis siciliens à la pistache et au poivre noir. Le service est dans le même swing. La sommellerie s’active au-dessus des délicats verres autrichiens, et tout dehors, les immeubles de briques rouges de Fort Point répondent avec leur radicalité, surlignés d’escaliers noir mat.

The Charlotte Inn, la perle de Martha's Vineyard

Cette demeure du XVIIIe nous est livrée dans son souffle, intacte avec lumières tamisées, objets rares, atmosphères d’un temps préservé


Quitter Boston pour rejoindre Martha’s Vineyard prend vingt minutes par avion. La mer reste néanmoins la meilleure rambarde pour approcher cette île préservée du monde, loin de tout. Les constructions se sont apaisées, ne gravitent pas à plus de deux étages et se protègent d’écailles de bois (des tommettes de cèdre), de lambris blanc éclatant. Il y a ici comme un temps préservé, une suspension. Voici l’Amérique des Yankees du Nord, réservés, libéraux et cette ouverture d’esprit qui ressemble à l’élégance. Comment résister à ce charme si calme, si apaisant ?

The Charlotte Inn est une sorte de bonbonnière pourpre aux lumières tamisées, ruisselant d’antiquités, de tableaux, multipliant porcelaines, argenteries, boîtes à chapeaux, bottes de cuir, boîtes aux lettres. Le détail, comme un culte, nous laissant subjugués par cette spirale. Il aura fallu six hommes pour acheminer la baignoire en porcelaine d’une demi-tonne (chambre 17). Tout autant de méticulosité pour tailler les bâtonnets de concombre accompagnés de Pullman bread, de cream cheese et d’aneth.

On comprendra mieux alors les infinies subtilités de cette île bénie. Les bleus y sont doux, liturgiques, porcelaines. Une dimension céleste tant le ciel se rapproche de nous.

Nantuket, le Wauwinet la réponse adéquate


Le préambule Martha’s Vineyard est parfait pour glisser à Nantucket. « Les plages à Martha’s Vineyard sont parfaites », dit Eric Landt, maître de maison au Wauwinet, « mais ici, elles sont... grandioses! Nous sommes loin, nous avons pris le large. » D’où cette impression de liberté, de wild océanique. La nature joue, les résidents écoutent. Herman Melville y inscrit son légendaire Moby Dick, il ne reste plus qu’à subir délicieusement : « Vue du ciel, écrit-il, Nantucket ressemble à un croissant de sable posé sur l’eau. On a l’impression qu’elle tente d’échapper à la masse terrestre de la Nouvelle-Angleterre, comme une fille récalcitrante. » 
 

Le Waunivet, posé pensivement comme le menton sur la paume


Même la cuisine se plie aux spirales de la météo, il y a une continuité entre le large, le Maine lobster et l’halibut.

« Le culte du homard nous permet de le travailler de différentes façons », dit le chef Kyle Zachary. « personnellement, le homard du Maine est à son mieux grillé, avec un beurre du Vermont parfumé et cuit assez rapidement. Le homard, doit apporter l’océan sur la table. C’est notre religion. »

Castle Hill Inn, l'adresse iconique

Castle Hill Inn, la demeure au destin hors du commun


Castle Hill Inn est sur un site exceptionnel, histoirque, définitif. L’océan, mais avec un rivage, l’histoire dès ses débuts avec les Indiens Narragansett. Ils avaient pigé eux aussi que cette falaise était unique. Se succédèrent alors dans ses accélérations soldats anglais, espagnols, français, écrivains, biologistes, hurricanes, officiers et leurs épouses, et la suite prévisible : Montgomery Clift, Grace Kelly, Paul Newman.

La mer n’a de cesse de se rapprocher de la côte. Elle l’use, la caresse, la frotte. Au petit matin, s’y plonger, même par temps frisquet, appartient à ces voluptés brutales de ce monde magnifique. On en ressort presque purifié, fort et surtout réalisant le privilège d’avoir connu cette demeure hors du temps et du commun.

Ocean House, la renaissance d'un mythe

Figure iconique de l’hôtellerie nord-américaine, Ocean House aura connu des brassées de mariages, de congrès, anniversaires au point qu’en 2005, l’hôtel ayant trop vécu, il n’y eut qu’une seule solution prise par les propriétaires, pour le sortir du déclin, de l’épuisement, le raser. Pour mieux le reconstruire, le mettre aux normes et le refaire démarrer pour les siècles à venir.

Aujourd’hui, il est là, fier et toujours respectable. Un vieil ascenseur préservé sonne à chaque étage ; il transporte les fantômes. À 17 heures, le chef barman donne un cours pour réussir un mean martini, un martini d’enfer. Juste le temps de vérifier que dehors, les bleus sont toujours hissés. Ce soir ils donnent dans le pâle, l’Atlantique revient avec ses lumières laiteuses.
 

L'hôtel aura été entièrement reconstruit à l'identique en 2005


Weekapaug Inn, tout naturellement 

Juste derrière les dunes de l’océan, bordé d'un étang salé, cette hôtellerie new age est la petite sœur de l'iconique Ocean House. Grandes promenades à la clé avec les éclairages du botaniste maison, piscine et spa font de cette hostellerie discrète, moderne et familiale, l’une des « plus charmantes auberges américaines ».
 

Weekapaug Inn est situé à quelques miles d’Ocean House

 

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